Dos Hermanos, Ilocos Norte

Il existe une légende qui se raconte jusqu’à aujourd’hui dont la trame se déroula quelque part à la pointe nord de l’île de Luzon aux Philippines. L’histoire dit qu’il y a fort longtemps, bien avant l’invention des téléphones portables et des perches à selfies, avant même que les téléviseurs soient en couleurs, avant même que Michel ne soit Drucker, bref c’est à dire il y a très longtemps, il y’eu deux frères qui se firent un jour la promesse de ne jamais se séparer. Abandonnés par leurs parents dans leurs jeunes âges, ils comprirent rapidement qu’ils ne pourraient compter que sur eux même et c’est ainsi que tout ce qu’ils entreprirent, ils l’entreprirent à deux. Inséparables comme Tristan et Yseult, comme Bonnie et Clyde, comme Rabbi et Jacob, comme Mercedes et Benz, bref, inséparables comme les deux doigts de la main, la renommée des frangins traversa les frontières du village au point de trouver écho auprès des dieux qui veillaient sur cette région. Un beau jour, les deux partirent pêcher, mais comme ils n’avaient pas d’iPhone pour leur donner la météo du jour (rappelez-vous, cette histoire a eu lieu il y a très longtemps), ils ne surent pas que loin dans le ciel, une méchante tempête se préparer à déverser sa plus grosse colère. Absorbés par la pêche qui leur sembla miraculeuse ce jour-là, ils ne remarquèrent pas les nuages qui commençaient à s’amonceler au-dessus de leur tête. Mais très vite, ce qui ne semblait être que de petits moutons blancs se transforma rapidement en de rugissants monstres sombres. Tourbillonnant de plus en plus vite, s’épaississant à vue d’oeil, le plafond nuageux tombait dangereusement et dans sa course, entraînait une myriade d’éclairs qui fendaient le ciel de bistre d’un long zigzag clair. Les nuages étaient si épais que les rayons de soleil n’arrivaient même plus à percer à travers ce voile impénétrable gorgé de pluie. Depuis la barque des frangins, on eu dit que la nuit avait balayé le jour en un clin d’oeil, que la mer d’huile s’était métamorphosée en une horde de chevaux endiablés, que la brise légère qui à peine faisait frémir le foc s’est transformée en millions de coups de sabre, lacérant la toile de la voile de toute part. Quand la tempête prit fin, nul ne retrouva les deux frères ni leur embarcation. Dans le village, on pleura leur disparition, car ils étaient aimés de tous. De souvenirs d’hommes, aucun n’avait jamais vu une telle fraternité. Les dieux non plus ne purent rester de marbre face à cette tragédie. Ainsi, pour commémorer cette loyauté exemplaire, les dieux firent apparaître deux îlots identiques qu’on connaît désormais sous le nom de « Dos Hermanos » (deux frères).

Nous avons eu le plaisir de voir ces rochers posés sur l’eau de près puisque ceux-ci se trouvent à Barangay Balaoi dans la région de Ilocos Norte. En effet, après un bref séjour à San Juan, nous avons mis les voiles pour la région d’Ilocos Norte. Nous pensions pouvoir surfer à San Juan, mais hélas, pas de vagues et apparemment c’est plat partout aux Philippines en ce moment. À part le surf, San Juan n’offre rien d’autre du coup plus rien ne nous y retenait. Il était temps de reprendre de nouveau la route.

Même les couchers de soleil de San Juan ne purent nous retenir
Même les couchers de soleil de San Juan ne purent nous retenir

Cap vers le Ilocos Norte dont on dit de ses paysages qu’ils sont dignes des plus belles cartes postales. Au menu, plages de sables blancs, cocotiers, mer turquoise, tranquillité et soleil. Vers l’intérieur des terres, on y trouve la « Cordillera Central », la plus grande chaîne montagneuse du pays. Pour notre part, c’est au « Northcoast Boardriders » à Barangay Balaoi que nous avons élu domicile. Nous avions prévu d’y rester deux ou trois jours, mais au final nous y sommes restés jusqu’à la fin de notre séjour. Notre hôtel est presque en face des îlots « Dos Hermanos » et la plage qui s’étend devant nous est littéralement déserte sur des centaines de mètres.

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Additionné à cela, nous étions les seuls clients au « Northcoast Boardriders » ce qui renforce encore plus cette impression d’être quasiment seuls sur les lieux. Le calme, la tranquillité, des eaux turquoise pour nous tous seuls, c’est peut-être pour ça que nous avons tant adoré cet endroit. Et pourtant, un peu plus loin, il y a un immense complexe hôtelier (Hannah’s Resort) qui draine une foule impressionnante de touristes, mais je ne sais pour quelle raison, aucun ne venait s’aventurer plus loin que la plage qui fait face à leur complexe. Peut-être est-ce à cause du fait que la mer qui s’étend devant nos yeux est victime de sa réputation, celle d’avoir avalé les deux frères et de les avoir transformés en îles ? Et pourtant, la météo ne prévoyait aucune tempête dans les jours à venir. Le risque de nous voir transformés en îlots était donc minime.

Quelques jours après notre arrivée, la houle a fini par pointer le bout de son nez, des vagues commencèrent à faire leur apparition et quelques locaux se mirent à l’eau pour surfer. D’abord fortement tenté de les rejoindre, je m’y suis finalement ravisé. Non pas parce que c’étaient des vagues de récifs dont les roches sous-jacentes affleuraient quasiment à la surface, non pas parce que si je tombais je risquais de m’écorcher très sérieusement, non pas parce que de telles vagues demandent un certain niveau que je n’ai hélas pas, non pas parce que je manquais d’envie de finir en viande hachée sur le récif, j’ai tout simplement rebroussé chemin à cause de cette maudite légende de mer mangeuse d’hommes. Là-haut dans le ciel, il y avait quelques nuages blancs, mais vous connaissez l’histoire ; d’abord des petits nuages blancs à apparence inoffensive, puis là, au moment où on s’y attend le moins, BAM !!!! UN OURAGAN !!! Malgré mes muscles saillants, ma carrure d’athlète et ma petite planche de surf, je ne ferais jamais le poids si la mer décidait de faire de moi son petit casse-croûte. Aucune envie d’être transformé en vulgaire caillou posé en pleine mer à côté de « Dos Hermanos ». Du coup, pour montrer que je ne suis pas un homme qu’on intimide facilement, je suis sorti de l’eau et pris mes jambes à mon cou.

A part cette courageuse fuite, on retiendra de ce séjour à Ilocos Norte la gentillesse des locaux, les formidables plats goûtés à Casa Consuelo, cette mer arborant cinquante nuances de bleu, ces plages rien qu’à nous, ce calme absolu, la nature tout autour (sauf du côté de chez Hannah où laideur bétonnée et summum du mauvais goût se côtoient), la cascade d’Albigan et déjà, nous repartons, certains qu’un jour nous reviendrons dans la région, Inch’Allah !

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